À table ou au restaurant, certains réservent jalousement leur assiette. Pourquoi une telle aversion ?
« Je compte le nombre de frites avant de passer mon plat à quelqu'un », avoue Manon, une aide-soignante de 26 ans, avec une pointe d'humour. Elle exprime une réalité partagée par beaucoup : le refus de partager sa nourriture. Si elle peut céder par politesse, c’est toujours à contrecœur. Pour elle, même les proches ne garantissent pas un partage serein. Cette appréhension semble affecter une large partie de la population, comme le révèle une étude OpinionWay, réalisée pour HelloFresh, qui montre que 40 % des Français se montrent fermement opposés au fait que leur partenaire touche à leur assiette. Mais quelle est l'origine de ce instinct de protection ? Explorons le sujet avec des experts en psychologie et sociologie alimentaire.
La peur du manque
Le repas dépasse de loin la simple nécessité de se nourrir. En France, où le savoir-faire gastronomique est reconnu par l'UNESCO depuis 2010, le partage alimentaire – ou commensalité – a une véritable valeur socioculturelle. La préparation et la consommation de la nourriture évoquent des souvenirs, des traditions et des interactions sociales profondément ancrés.
Ce besoin de protéger son assiette peut aussi être lié à une peur du manque, un conditionnement qui incite à garder sa part pour soi. Face à une société de consommation où la nourriture, tant par ses choix que par sa quantité, ne cesse d’évoluer, la manière de vivre ce moment convivial s’en voit transformée. Pour certains, partager leur plat pourrait signifier perdre une part de leur propre expérience culinaire.







